Après une assez grosse panne de lecture, je me suis lancée, un peu au hasard, dans la lecture de mon premier roman de Delphine de Vigan. J’avais beaucoup entendu parler du livre, du film mais sans jamais avoir l’occasion de m’y pencher plus sérieusement. C’est maintenant chose faite, et je vous en parle tout de suite.

Qu’est-ce que ça raconte ? Lou Bertignac est une adolescente de 13 ans. Extrêmement précoce mais également extrêmement timide, elle a du mal à s’intégrer dans sa classe. Prise de court lorsque son professeur lui demande de faire un exposé, elle choisit de parler des femmes SDF, ce qui va l’amener à rencontrer No, une jeune femme de 18 ans qui vit dans la rue. Ainsi commence une histoire d’amour, d’amitié et de combat pour la vie.

Pourquoi je vous en parle ? No & moi, c’est à la fois une tragédie moderne et un roman initiatique en bouffée d’espoir. Un roman sur l’abandon et le courage, sur la vie dans son entièreté.

Si je parle de destin et de tragédie (au sens littéraire du terme) c’est parce qu’à la moitié du roman, on assiste, à cause d’une simple phrase, à un basculement, un changement d’atmosphère radical qui peut faire penser aux tragédies antiques. On a alors un pressentiment et plus on avance, plus on est certain que quelque chose va déraper. L’héroïsme, c’est Lou, cette jeune fille à l’intelligence à fleur de peau, qui veut croire, qui veut se battre contre le destin. Le destin, ce n’est plus un dieu tout puissant mais la vie et sa fatalité, son déterminisme, contre lequel nous sommes impuissants.

On est également face à un récit initiatique : on voit Lou grandir sous nos yeux, se débattre avec l’énergie de la jeunesse pour finalement vaincre ses démons et ses peurs. Malgré son intelligence, Lou reste une jeune fille de 13 ans et avec son fort caractère, elle est un peu la petite sœur qu’on aimerait protéger. C’est ce qui l’a rend attachante, cette ambivalence entre force et faiblesse, entre sa naïveté, son inexpérience et sa conscience lucide du monde. D’ailleurs, ce qui l’a fait grandir, c’est justement le fait de passer de l’hypothétique, ce qui se passe dans sa tête, à la réalité.

L’écriture de Delphine de Vigan est riche de sens et d’émotions. Elle s’écoule, rapide, percutante, à l’image de ce qui se passe dans la tête de notre héroïne. Elle est pleine de sensibilité. Lou, cette jeune fille souvent muette dans sa vie de tous les jours, qui ne sait pas quoi dire, surtout à ses parents, qui a peur de parler face à sa classe, elle qui n’arrête pas de réfléchir, se libère quand elle est avec No. On a alors des phrases longues, qui s’enchainent, à l’image de cette parole libérée.

– Jamais tu t’arrêtes ?
– M’arrêter de quoi ?
– De gamberger.

Puis, parfois, des sauts de paragraphes, comme des silences, des pauses, comme celles que fait No lorsqu’elle nous raconte sa vie.

 – Ben… qu’est-ce qui s’est passé ?
– Je te raconterai un autre jour.

Il y a beaucoup de choses dans ce tout petit roman. Les personnages sont tous blessés mais ont des rêves, des espoirs. Ils s’accrochent les uns aux autres, pour de bonnes, ou de mauvaises raisons. Mais surtout, ils essayent, plus ou moins de s’en sortir, à leur façon, à leur niveau. D’ailleurs, les trois personnages adolescents ont finalement des vies assez semblables : ils ont un énorme point commun puisque leurs parents sont tous plus ou moins démissionnaires. Sans compter toutes les questions sur la société qui sont posées : le deuil, les SDF, l’échec scolaire, … racontées d’un point de vue adolescent.

Je pense que la vraie question du roman c’est : Est-ce que dans un même contexte, on a tous les mêmes chances de s’en sortir ? Et si non, qu’est-ce qui fait la différence ?

– Mademoiselle Bertignac ?
– Oui ?
– Ne renoncez pas.

C’est une blessure à vif que ce roman, qui m’a personnellement atteint en plein dans le cœur. C’est une très belle histoire mais empreinte d’une énorme mélancolie. Comme dans la vraie vie, on ne dit pas tout, on devine. Et comme Lou le dit si bien, ce silence n’en ai pas moins terrible. Finalement, on se demande si ce n’est pas No qui sauve Lou, plutôt que l’inverse.

Plein de choses dont je ne parle pas sont évoquées ici, dans une retranscription d’un café-littéraire autour de l’œuvre. /!\ spoiler 

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