J’ai pu voir passer ce petit roman pour jeunes ados un peu partout sur la toile mais de manière assez discrète. Pourtant, sa volonté assumée d’offrir un roman Girl Power mais surtout d’empowerment m’a tout de suite séduit, et grâce au site NetGalley, j’ai pu recevoir un exemplaire numérique de la part des éditions Poulpes Fictions et me faire ma propre idée, que je vous partage ici !

Qu’est-ce que ça raconte ? Dans Viser la Lune, nous suivons Aliénor, jeune fille de 13 ans passionnée d’astronomie et vivant en Guyane qui nous raconte les aventures qu’elle vit avec ses 3 meilleures copines (Itaï, la Nouvelle-Calédonienne, fan de make-up et grande joueuse de League of Legend; Maria, la canadienne toute en rondeur, artiste et chroniqueuse culturelle du groupe ; Azza enfin, la française cuisinière et  grande sportive.) Bref, des ados normales qui vont se lancer dans la folle aventure de Youtube et créer ensemble la chaîne Allô Sorcières où chacune pourra partager sa passion et grâce à qui elles vivront de folles aventures.

Pourquoi je vous en parle ? Tout simplement parce qu’il me semble important de mettre en avant de tels romans. Dans un contexte éditorial où de plus en plus de voix s’élèvent* pour dénoncer le manque de diversité en littérature jeunesse, un roman comme celui que signe Anne-Fleur Multon est une bouffée d’air frais. Les héroïnes sont en effet toutes expertes dans des domaines que l’on voit assez rarement : faits de société, arts et politique, astronomie, jeux-vidéos… et n’hésitent pas à taper du pied contre le sexisme, et les inégalités. La représentation des femmes est totalement girl power puisqu’on y retrouve une maman ingénieuse spatiale et une tata bricoleuse. Dans cette même volonté de diversité, on bouscule un peu les schémas traditionnels familiaux et on hésite pas à présenter des familles aux origines diverses et au modèle particulier, qui pourtant, reste une représentation réaliste de notre société finalement.

Bien que l’écriture d’Anne-Fleur Multon ne corresponde pas forcément à ce que je recherche dans la littérature jeunesse, je dois avouer qu’elle est drôle, pétillante, et que j’ai passé moment agréable en compagnie de ces quatre ados un peu fofolles. L’héroïne, Aliénor m’a d’abord déstabilisée par son franc-parler et sa tendance à tout exagérer, voire à se mettre en avant. Puis, je me suis posée la question : est-ce que cela m’aurait autant dérangé si ça avait été un garçon ? Je n’ai pas la réponse à cette question et je vous laisse libre d’y réfléchir si vous le souhaitez, parce que je trouve ça assez intéressant de voir comment on appréhende le caractère de certains personnages en fonction de leur sexe. C’est une piste de réflexion qui a sûrement déjà été suivie, d’ailleurs, si vous connaissez des articles, recherches… à ce sujet, je suis toute ouïe. Finalement, je me suis rendue compte que c’est justement le caractère fort et exubérant d’Aliénor qui l’a rendait si attachante.

Nos quatre adolescentes, bien qu’ayant toutes une vie assez particulière se retrouvent confrontées à des problématiques adolescentes : difficultés scolaires, problèmes familiaux, amitié, vie de famille… qui se mêlent parfaitement à des problématiques plus sociétales : racisme, sexisme, dévalorisation d’internet et des nouveaux médias, etc. Tous les ingrédients sont réunis pour réaliser un cocktail détonnant qui plaira à cette tranche d’âge : un monde qu’ils connaissent + des problématiques qui leurs parlent + des héroïnes qui leurs ressemblent = succès !

J’aime beaucoup le fait que le magazine Madmoizelle soit cité à plusieurs reprises parce que :

1 – Il est souvent cité dans un contexte pertinent (pas à tout bout de champ ou dans un moment qui ne serait pas judicieux mais au contraire dans des situations crébibles pour ce magazine-là)

2 – Il permet de mettre en avant un des rares magazines aux problématiques féministes accessible dès la pré-adolescence.

Le travail de Diglee : Je ne peux pas parler de Viser la Lune sans évoquer la dessinatrice qui a illustré ce roman. Je l’ai découvert il y a quelques temps à travers ce billet-ci, que j’avais déjà trouvé très juste et rentre-dedans, et qui rendait compte d’une réalité malheureusement encore ensevelie sous les non-dits. Elle poste toujours sur son blog des billets sur le thème du féminisme, et je trouve donc très fort le choix des éditions Poulpe Fictions de travailler avec elle. Ses illustration collent parfaitement à l’ambiance d’un roman ado et on est ravi de pouvoir mettre un visage sur le nom de nos héroïnes ! Moins de blabla, et plus d’images avec un exemple d’illustrations que vous pourrez trouver dans le roman :

19747716_1601118296618803_2015123035_o
Plutôt badass nos héroïnes non ? ©Diglee et Poulpe Fictions

Finalement, ce roman est pour moi un exemple de ce dont parlait Clémentine Beauvais dans sa tribune sur la frontière entre littérature jeunesse et littérature adulte : C’est un livre écrit pour les ados et rien que pour eux mais qui n’en reste pas moins un roman de qualité, tant par ses héroïnes réalistes et diversifiées, que par sa construction dynamique et agréable à lire. En dehors de son message féministe, c’est un roman ancré dans notre société, avec des références qui parlent aux ados, des références à leur monde, auxquels nous, adultes avons parfois du mal à avoir accès (Snapchat, Instagram… jamais je n’utiliserais ces réseaux comme le font mes petits frères et sœurs… la vieillesse.) et qui surtout, ne dénigrent pas ce qu’ils aiment, ce qui est malheureusement souvent le cas dans notre société en général (il n’y a qu’à voir comment sont traités les Youtubeurs ou tout ce qui touchent à l’adolescence dans les médias…)

Enfin, c’est un roman qui fait du bien, tout simplement.

* “ Les filles veulent zigouiller des dragons et les garçons aiment les histoires de poneys… ” tribune de Guillaume Nail ou les projets de maisons d’édition tels que Bilibok ou Talents Hauts, par exemple.

Publicités