Bien qu’ayant lu Génération K aux alentours de la Toussaint, je m’y suis replongée avec délice il y a peu pour les besoins de mon inscription en master. J’ai enchaîné ensuite sur la lecture du deuxième tome 🙂 Je vous livre ici un article un peu différent puisque j’y reprends en grande partie l’interprétation que j’en ai faite pour mon dossier. Je me pencherai un peu plus précisément sur le tome 2 plus tard.

Tome 1

Alors, ça raconte quoi ? Dans un monde au bord du précipice, trois jeunes gens vont répondre sans le savoir à l’appel ancestral du Maître. Ka, jeune aristocrate de 16 ans, rebelle et fan de métal et de hard-rock, sa meilleure amie, Mina, jeune femme douce et courageuse ainsi que Georg (de son vrai nom qu’il déteste, Georges d’Épailly) un malfrat passé par la case prison, vont se rencontrer et se rendre compte qu’ils sont tous les trois très particuliers. En effet, ils sont chacun dotés de grands pouvoirs. Alors qu’ils se croyaient uniques, ils vont se rendre compte qu’ils ne sont plus seuls. Ils sont la Génération K.

Les points forts du roman : 

Génération K est clairement un roman page-turner, un livre qu’on ne peut s’empêcher de dévorer. La structure du récit se base sur le suspense et l’attente du lecteur, sur sa volonté à en savoir plus. Le lecteur est tenu en haleine par cette ambiance mystérieuse et menaçante, qui attise sa curiosité. Pourtant, il faut attendre le troisième et le quatrième chapitre pour rencontrer trois de nos héros. Dans ce même ordre d’idée, Marine Carteron s’amuse à égrainer minutieusement des indices sur son intrigue principale, sur le rôle des Génophores dans ce vaste complot qui les dépasse et sur les différents acteurs. C’est un jeu entre elle et le lecteur. A lui de récupérer les indices disséminés (souvent une phrase ou deux, perdues dans le reste du récit) et de les remettre en ordre afin d’en savoir parfois plus que les personnages eux-mêmes. D’ailleurs, la construction même du récit, qui alterne entre les différents points de vues des personnages (Ka, Mia, Georges, le Maître), en plus d’amener du dynamisme à l’ensemble (un même événement est raconté d’un point de vue différent, l’écriture varie en fonction des personnages, ce qui donne une narration hétérogène et plus vivante), participe à ce climat d’attente, pour titiller notre curiosité. Cette gestion du suspense ressemble fort parfois aux « cliffhangers » des séries TV. De cette manière, l’auteure est sûre de garder l’attention de son lecteur et de pousser sa curiosité jusqu’à la fin du premier tome, voire à l’inciter fortement à en savoir plus en se procurant le deuxième tome.

Autre élément intéressant dans l’écriture de Marine Carteron, c’est son parti pris de nous offrir une réécriture modernisée des mythes occidentaux, et principalement de l’Apocalypse. A la différence d’autres récits qui prennent part dans un monde détruit par une catastrophe mondiale, Génération K nous offre une vraie réécriture, une reprise du mythe originel. Plusieurs éléments nous mettent sur cette piste (mais je vous laisse lire le roman pour les découvrir 😉 ). Tout le récit est ponctué de références à la religion que Marine Carteron manipule à loisir pour son histoire. Le monde qu’elle décrit, très proche du notre, n’est pas encore un monde apocalyptique mais s’y dirige très fortement, car l’humanité le mérite.

Son récit est bien ancré dans l’époque contemporaine avec des références nombreuses à la pop-culture (la musique, Les X-men, les romans bit-lit, des clins d’œil au cinéma…) mêlées à l’imaginaire collectif et aux mythes traditionnels : la sirène, le dragon, le vampire… D’ailleurs, l’intertextualité au texte de Bram Stocker, Dracula, est très forte (encore plus lors du second tome mais j’en parlerai plus tard). On sent que Marine Carteron sait où puiser pour rendre son univers intéressant et crédible. Un peu comme si elle nous offrait un grand patchwork littéraire. Plein de petits bouts différents mis ensemble pour en faire quelque chose d’original.

Mais c’est également un texte drôle et impertinent. Les héros, marginaux, se moquent des codes adultes, de la politesse. Le personnage de Ka est le symbole de cette révolte et elle ne rate aucune occasion de nous faire rire. Le duo qu’elle forme avec Georges, électrique et les bons mots qu’ils s’échangent, participent à cet humour. Il y a aussi des moments plus graves, plus sensibles, qui amènent le lecteur à s’identifier aux héros. Bien que marginaux, durs et parfois radicaux dans leurs attitudes, ce sont des personnages « torturés », pas seulement par le poids que leurs pouvoirs leur impose mais aussi par des blessures familiales. Autant de blessures dans lesquels les jeunes peuvent se reconnaître. Finalement, Génération K est un roman qui s’inscrit parfaitement dans l’époque actuelle, où Marine Carteron prouve qu’elle connaît et comprend les enjeux liés à la jeunesse et attendus par les lecteurs.

J’ai d’ailleurs découvert que son titre « Génération K » fait écho au travail de la chercheuse brittanique Noreena Hertz qui définit les caractéristiques sociologiques des jeunes nés entre 1995 et 2002, la « Génération K » (du nom de l’héroïne Katniss Everdeen, qui en serait le reflet). C’est bien à ces jeunes que Marine Carteron s’adresse. Tous comme eux, ses héros sont d’un caractère « détonnant », ont un « désir de rébellion », une « forte défiance des autorités », « un réel sens du devoir et du sacrifice » mais aussi un fort sentiment « d’anxiété » quant à l’avenir. Finalement, elle s’est emparée de cette enquête pour mêler réel et fantastique et faire écho la forte volonté des ados de sortir d’une époque désenchantée, marquée par la crise, le chômage, le terrorisme, la guerre et la montée des extrêmes, en critiquant le monde laissé par les adultes et en imaginant autre chose.

Points faibles : 

S’il y a peut-être un bémol pour moi dans ce premier tome, c’est peut-être le fait que les personnages ne soient pas assez différenciés dans l’écriture. Ce n’est pas spécialement dérangeant mais ça peut amener des petites incohérences entre le registre de langue utilisé et le caractère/l’histoire du personnage (par exemple, un des personnages apprend un mot qu’il juge compliqué et qu’il doit chercher dans le dico mais juste avant, il utilise dans sa narration un mot encore plus complexe et sans que ça lui pose de problème… mais oui. Je chipote).

Génération K a été une très bonne lecture pour moi, pas forcément familière de ce genre de littérature (mais j’apprend, j’apprend). Je crois que ce que j’ai le plus apprécié, c’est de ne pas être perdue dans un univers pour ado. J’y ai retrouvé plein de choses que j’aime, notamment toute la mythologie qui se crée autour de la figure du Maître et du rôle joué par les Génophores, les personnages attachants, l’humour, et surtout cette pointe de mystère qui m’a tenue en haleine durant tout le premier tome.

J’aimerais beaucoup avoir vos retours sur cet article un poil différent des autres. N’hésitez pas à me partager vos remarques, je les lirai avec plaisir ! Et je vous dis à très vite pour de nouvelles lectures 😉 

 

 

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