Cela fait longtemps que je ne vous ai pas fait un petit « Les 5 livres qui… » 

Celui d’aujourd’hui se penchera sur quelques unes de mes œuvres classiques préférées, histoire de (peut-être ?) vous aider à mieux me connaître. Cette catégorie, c’est un peu mon « dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es » simplifié !  Il n’y a pas vraiment d’ordre de préférence, vu que je n’ai jamais réussi à classer quoi que ce soit dans ma vie… et cette liste est évidemment loin d’être exhaustive. 

Comment j’aimerais ranger ma tête 

Comment ça se passe en vrai 

Bref, voici donc 5 classiques qui m’ont fait forte impression :

  • l’Attrape-cœurs, J.D Salinger

A lire : Pour (re)vivre son adolescence avec encore plus de force et d’insolence (si c’est possible)

attrape-coeurQu’est-ce que ça raconte ? 

Holden Caulfield, adolescent américain est viré de son collège huppé trois jours avant Noël. Il décide de ne pas rentrer chez lui et fugue en plein New-York, allant de mésaventures en mésaventures. Raconté à la première personne avec un langage familier, cru, désabusé, l’Attrape-cœurs nous dépeint, de manière ironique, cynique, drôle, l’aventure d’un adolescent perdu, désillusionné du monde bourgeois où il est coincé et dont il pense vouloir sortir.

Pourquoi ça m’a marquée ? 

Pour moi, l’attrape-cœurs, c’est l’adolescence dans toute sa puissance : sa mauvaise foi, ses rêves, ses espoirs, ses désillusions. Malgré son langage cru, vulgaire et volontairement provoquant, Holden n’en reste pas moins fragile et (parfois) naïf, et ses rêves de liberté vont se retrouver durement confrontés à la réalité. Holden, c’est typiquement le jeune rebelle qui veut faire voler les conventions, sa famille, son école, son milieu, qui parle fort et avec toute la force de la conviction de son âge. Bref, c’est l’adolescent qui a parlé à l’adolescente en moi. Et l’écriture n’est pas en reste. Fuck la bienséance, au diable les bonnes manières et les règles de grammaire. On écrit comme on s’exprime, on parle comme on ressent. (D’ailleurs, il apparait que ce livre fait partie des plus difficiles à traduire). Alors, malgré le naufrage psychologique du personnage que l’on voit poindre rapidement, j’ai aimé ce livre comme une bouée de sauvetage. Je vous passerais les résolutions qu’il a réveillé en moi (apprendre parfaitement l’anglais en trois mois et faire du sport au point de devenir Schwarzy et tout ça pour fuguer aux USA, projets que j’ai vite abandonné, je vous rassure) mais ça a été, enfin, une ode au mal-être que l’on peut ressentir à cet âge, cette volonté d’hurler à plein poumon pour se faire entendre et pour se faire reconnaître du monde autour. Je n’ai pas encore eu l’occasion de le relire, mais je sais que ma prochaine lecture se fera forcément en anglais, parce que je veux essayer de capter la puissante révolte de l’écriture originale de Salinger.

  • Tess d’Urberville, Thomas Hardy

A lire : Pour relativiser sur sa vie tout en lisant féministe.

9782253005964-001-TQu’est-ce que ça raconte ? 

Tess est une jeune fille pauvre vivant dans un petit village de la campagne anglaise. Un jour de beuverie, son père découvre, grâce au pasteur amateur de généalogie qui croise sa route, que sa famille, les Durbeyfield, sont les descendants d’une très vieille famille noble anglaise, les D’Urberville, désormais éteinte. Poussé par la fierté et l’avidité, les parents de Tess la pousse à contacter d’obscurs cousins riches, grâce à un odieux chantage. Suite à cette rencontre, la vie de Tess va basculer.

Pourquoi ça m’a marquée ?

L’écriture de Thomas Hardy est prenante et dépeint de manière cruelle la réalité anglaise de la fin du XIXème siècle. Tout comme Tess, le lecteur n’est jamais épargné. C’est dur, c’est intense, c’est engagé. Les paysans, les nobles, les hommes, le système, la société, personne n’est ménagé. Tess est victime de l’injustice liée à son sexe, à sa condition et aux préjugés de l’amour et du mariage à cette époque. On est bien loin des écrits de Jane Austen, tout en délicatesse, bienséance et force tranquille où la femme est sublimée. Le personnage de Tess, malgré les épreuves qu’elle traverse, reste fidèle et honnête et cherche toujours à se dépasser, voire même à endosser les torts de ses détracteurs.D’ailleurs, le sous-titre anglais « A Pure Woman Faithfully Presented » signifie « Une femme pure fidèlement présentée/racontée ». On admire le courage silencieux de cette jeune femme qui n’est coupable que d’avoir été jeune et naïve, mais que la fatalité poursuit et rend victime des hommes et de la morale. Thomas Hardy signe une oeuvre féministe, qui a été longtemps controversée et même censurée et qui n’a rien à envier aux réalistes français. J’en suis ressortie bouleversée et révoltée. Et ça, c’est le signe d’une bonne lecture.

En bonus : Je ne peux que vous conseiller l’adaptation TV en quatre épisodes de la BBC, Tess of the D’Urberville, portée par la sublime Gemma Arterton et le sympathique Eddie Redmayne (y’a t-il des groupies dans la salle ?)

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(N’est-elle pas magnifique ?)

Roman Polanski a également adapté le roman au cinéma en 1979.

  • Antigone, Anouilh

A lire : Pour l’écriture poétiquement théâtrale d’Anouilh et le personnage rebellement attachant d’Antigone.

antigone-837-250-400Qu’est-ce que ça raconte ? 

Antigone est une réécriture de la pièce antique de Sophocle. Après la fuite et la mort de son roi Oedipe, la ville de Thèbes est plongée dans le chaos. Ses deux fils, Eteocle et Polynice se vouent une guerre acharnée pour le trône et s’entretuent. C’est donc à Créon, leur oncle, de prendre la tête du royaume. Celui-ci, pour ramener la paix, prend la terrible décision d’enterrer avec les honneurs Eteocle, le fils prodigue et de laisser aux chiens et aux charognards le corps de Polynice. Antigone, la plus jeune fille d’Oedipe, refuse cette décision et va s’opposer ouvertement à Créon, en pratiquant les rites funéraires sur le corps de son frère. Pour cela, elle est condamnée à mort.

Pourquoi ça m’a marquée ? 

L’écriture théâtrale d’Anouilh est une des plus belles que j’ai pu lire. Adolescente, j’ai appris par coeur des pans entiers d’Antigone. En dehors des qualités indéniables de la pièce et de son écriture puissante, moderne et sensible à la fois, c’est le personnage d’Antigone qui m’a subjuguée. Cette jeune femme, à la fois si lointaine et si proche est un symbole tragique de l’insurrection. Alors, bien sûr, on peut la remettre dans le contexte de la guerre, l’expliquer à travers le prisme de la collaboration et de la résistance mais le message que la pièce transmet est pour moi bien plus universel. Ce n’est pas qu’une insurrection politique, c’est une insurrection personnelle : jusqu’où sommes-nous prêt à aller pour ce que nous croyons être juste ? Aucun des personnages de la pièce n’est à blâmer : Antigone est fidèle à ses convictions, Créon se doit d’agir en homme de devoir et d’état, et Ismène choisit la vie à la mort. Chacun a ses propres raisons d’agir, que les autres n’ignorent pas et c’est cette impasse, annoncée dès la scène d’introduction, qui amène au dénouement tragique. Qui ne peut appliquer cela à sa propre vie ?

Je vous laisse avec une de mes répliques préférées (il y en a tant) qui me fout les poils dressés à chaque fois que je la lis : « Comprendre… Vous n’avez que ce mot-là dans la bouche, tous, depuis que je suis toute petite. Il fallait comprendre qu’on ne peut pas toucher à l’eau, à la belle et fuyante eau froide parce que cela mouille les dalles, à la terre parce que cela tache les robes. Il fallait comprendre qu’on ne doit pas manger tout à la fois, donner tout ce qu’on a dans ses poches au mendiant qu’on rencontre, courir, courir dans le vent jusqu’à ce qu’on tombe par terre et boire quand on a chaud et se baigner quand il est trop tôt ou trop tard, mais pas juste quand on en a envie ! Comprendre. Toujours comprendre. Moi, je ne veux pas comprendre. Je comprendrai quand je serai vieille. (Elle achève doucement.) Si je deviens vieille. Pas maintenant. « 

  • l’Appel de la forêt, Jack London

A lire : Pour renouer avec le loup qui sommeille en nous.

Couv-appel-de-la-foret.jpgQu’est-ce que ça raconte ? 

En faisant mes petites recherches, j’ai pu voir que l’Appel de la Forêt a été écrit en 1903, c’est-à-dire 3 ans avant Croc-Blanc. Pourtant, j’allais vous dire que l’Appel de la Forêt fait suite à ce dernier. La confusion est possible puisque ces deux récits sont très proches. Dans Croc-Blanc, le loup est domestiqué en chien tandis que dans l’Appel de la Forêt, le chien redevient loup.

L’Appel de la Forêt, c’est donc l’histoire de Buck, beau chien de race vivant heureux dans la famille d’un avocat en Californie qui, après avoir été arraché à ses maitres, est vendu pour devenir chien de traineau en Alaska. D’abord étranger et inadapté à cette nouvelle vie, plus rude et plus violente, il va devoir apprendre à se faire respecter des autres chiens et à respecter la loi des « maîtres », à se forger un caractère de chef et de battant pour survivre, avant de retourner à une nature plus primitive et plus sauvage, en redevenant un loup.

Pourquoi ça m’a marquée ? 

Ce livre a fait résonner en moi l’appel de la liberté. Contrairement à Croc-Blanc où j’ai eu du mal à avancer, j’ai bu, avalé, dévoré même l’Appel de la Forêt. Les descriptions du Grand Nord et de la vie en Alaska sont très fidèles, voire grandioses puisque l’auteur a participé durant quelques années à cette ruée vers l’or polaire et nous fait partager avec précision les rites de l’époque. Mais ce qui rajoute un plus à son écriture, c’est le point de vue choisi. En nous mettant dans la tête d’un animal (et d’un chien qui redevient loup), Jack London nous livre un récit brut d’émotions. C’est d’ailleurs ce qui lui a été largement reproché à l’époque, puisque son héros n’est qu’un chien. Un chien a t-il des sentiments ? Jack London nous répond que oui. Et ce sont ces sentiments, peut-être plus primitifs que ceux de l’homme, se limitant d’ailleurs très souvent à la colère, la peur, la joie… qui rendent ce récit d’aventure si haletant. Quand on lit l’Appel de la Forêt, on ne s’encombre pas de réflexions psychologiques, ni d’analyses. On vit et on ressent l’aventure, on adore ou l’on déteste les différents maîtres, on peine dans la neige, on a froid, on a faim… Et quand vient le dénouement, l’apothéose finale où Buck renoue avec cet appel qui le hante depuis des jours du fond de la forêt, dans le sang et la vengeance, on hurle avec lui de toutes nos forces.

  • Ca, Stephen King

A lire : Si on n’est pas encore coulrophobe et qu’on aime (beaucoup) se faire peur.

Hé, salut toi !

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Cette couverture qui sent bon les années 90 ❤

Qu’est-ce que ça raconte ? 

Ca raconte les aventures de sept enfants qui vont devoir affronter une terrible entité maléfique qui commet des meurtres (principalement d’enfants) en s’amusant à prendre la forme de leur peur, et qui poursuivra nos héros jusqu’à leur âge adulte.

Pourquoi ça m’a marquée ? 

Ca est un livre flippant, certes mais c’est surtout un roman horrifique haletant comme j’en ai rarement eu sous les yeux. De tous les romans de Stephen King que j’ai lu, c’est celui-ci qui m’a le plus tenue en haleine. C’est également mon roman d’horreur préféré. J’ai dévoré l’intégral en très peu de temps et malgré l’ambiance malsaine, sombre, glauque qui y règne, j’ai eu beaucoup de mal à quitter l’univers qu’il avait créé. Stephen King tient les rênes de son intrigue de bout en bout et parvient à capter toute notre attention malgré l’alternance entre l’enfance et le présent des protagonistes. C’est un récit riche, le grand nombre de personnages principaux permet de multiples points de vue, les références au monde de l’horreur sont nombreuses et les monstres ne sont d’ailleurs pas toujours ceux auxquels on pense. On s’attache autant à ces enfants un peu perdus face à un monstre auquel les adultes ne veulent pas croire, qu’à ces mêmes enfants, devenus adultes, qui se croient rationnels mais qui ont oublié comment réagir face à leurs peurs. Bref, ce n’est pas pour rien que Stephen King est appelé « Le King de l’Horreur » et Ca en est pour moi le meilleur exemple.

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