Tiré du roman de Patrick Ness, lui-même adapté d’une esquisse de roman entamée par Siobhan Dowd, « Quelques minutes après minuit » est sorti en janvier 2017 en France. Adapté par Antonio Bayona (principalement connu pour son film « L’Orphelinat »), le film a la chance d’avoir été scénarisé par l’auteur de l’oeuvre original, Patrick Ness.

/!\ Une grande partie de cet article a été écrit sous le coup de l’émotion. Je ne garantis ni son objectivité, ni une argumentation construite et raisonnée. Seules les émotions ont eu leur place dans cette chronique. Merci de votre compréhension ^_^ 

De quoi ça parle ? Connor O’Malley est un petit garçon anglais de treize ans dont la vie n’est pas très drôle : sa maman est atteinte d’un cancer, son père est parti vivre aux Etat-unis, il est obligé de vivre avec sa grand-mère qu’il déteste et il est victime de harcèlement scolaire. En plus de tout cela, il est depuis quelques temps en proie à un affreux cauchemar qui le réveille toutes les nuits, à 00h07 exactement.Mais un soir, juste après son cauchemar, un monstre-arbre ancestral, vient lui rend visite, dans le but d’entendre le terrible secret, la vérité qu’il a enfuie tout au fond de lui…

Pourquoi j’ai aimé ? J’ai toujours beaucoup aimé les cinéastes hispanophones (Guillermo del Toro entre autre, qui est ici le producteur du film). Ce qui rapproche Guillermo del Toro et Antonio Bayona, c’est la sensibilité fantastique très poétique, presque onirique, et pourtant très sombre, qui se dégage de leurs films.

Quelques minutes après minuit fait partie de ces films qui se placent à hauteur d’enfant pour raconter aux adultes, qui utilisent les codes de l’enfance pour aborder des sujets difficiles. C’est un film d’une grande beauté visuelle. Les séquences d’animations, inspirées de l’aquarelle, sont magnifiques et pourtant, très sombres. Le personnage de l’arbre-monstre est à la fois effrayant et réconfortant.(Gros gros coup de  ❤ pour la voix sombre et rocailleuse de Liam Neeson qui colle parfaitement à l’ambiance et au personnage du monstre, et à sa façon de dire le nom du héros  ❤__ ❤. J’ai eu la chance de voir le film en VO). Et les trois histoires qu’il raconte à Connor, sont déroutantes : leurs morales ne sont pas celles que l’on imaginait, et encore moins celles que l’on voudrait entendre. Les personnages ne sont même pas des héros, moraux et courageux, comme on s’y attend dans les contes de fées.

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Alors, tout comme Connor, nous nous retrouvons partagés entre ce que nous pensons connaître des contes, notre zone de confort très enfantine et la déstabilisation que provoque volontairement le récit de l’If, une désillusion très adulte. Et finalement, on se rend compte que le film est une sorte de mise en abîme, à travers le personnage de Connor, de notre habitude de spectateur : on ne peut s’empêcher de croire, même quand la vérité est évidente.

Devant Quelques minutes après minuit, nous, spectateurs, n’existons plus, nous faisons corps avec les émotions de Connor : nous nous laissons berner, tout en étant plein de lucidité. Nous nous battons pour croire, jusqu’au bout, bien que tous connaissions au fond l’insoutenable vérité. Tout comme lui, il nous faut tout le film pour accepter l’évidence, pourtant présente dès la scène d’ouverture du film. Et c’est là, dans cette complexe réalité, dans ce déni de l’évidence, que je trouve qu’est toute la beauté du film. En se mettant à la hauteur de cet enfant blessé, Patrick Ness et Antonio Bayona mettent nos émotions, notre cœur, d’adultes, à genoux.

Malgré tout, le film en lui-même n’est pas sans défaut : j’ai trouvé la première partie un peu longue, parfois brouillonne, j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages, aux jeux des acteurs… J’ai trouvé Connor un poil énervant, sa grand-mère trop froide, le père totalement insignifiant, la mère absente et naïve. Et pourtant… pourtant, la dernière partie, les 15/20/30 dernières minutes du film (je ne sais plus trop bien), m’a coupé le souffle, tellement les émotions sont brutes, universelles et d’une intensité bien vilaine. On comprend tout : le message et le rôle du monstre, tous les petits détails disséminés tout au long du film prennent toute leur importance (je ne verrais plus jamais 00h07 de la même manière). Tout passe au second plan, les disputes, les querelles, pour ne laisser place qu’à la beauté de la symbolique du deuil et à l’acceptation. J’ai eu envie de hurler avec Connor, d’hurler contre l’injustice, hurler contre la douleur, cette douleur qui n’était pas la mienne, et pourtant.

J’en suis ressortie bouleversée, et c’est la première fois que j’ai vu d’autres personnes en larmes en sortant de la salle. Le soir même, j’en gardais encore une émotion très vive, comme si je venais de voir le film, et j’en avais les larmes aux yeux rien que d’en parler. C’est pourquoi j’ai vraiment envie de lire le roman les prochaines semaines et me replonger dans cette ambiance si particulière.

Pour aller plus loin :
Une interview du réalisateur sur le site Madmoizelle.com

 

Et vous ? Avez-vous vu le film/lu le livre ? Qu’en avez-vous pensé ? Votre avis m’intéresse ! 

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