J’entame cette fois une nouvelle catégorie qui me tient à cœur, exclusivement centrée sur les classiques de la littérature, qu’ils soient français ou étrangers, ciblés jeunesse ou plus adulte. Aimer les livres, c’est plonger chaque fois dans un univers différent, qui se crée dans un dialogue entre deux êtres, l’écrivain et le lecteur, de la plus intime des manières. Mais pour moi, c’est également s’imprégner du passé, savoir d’où vient l’écriture romanesque classique, comment elle a évolué, quels sont les codes que l’on a cherché à bousculer ou à perpétuer, loin de l’idée rébarbative qu’elle peut avoir parfois. Je vous y livrerais donc mes ressentis et mes analyses, sur le même modèle que toutes mes autres chroniques mais avec un peu d’histoire littéraire en plus. 

Qui est l’auteur ? Né en Écosse en 1860, James Matthew Barrie est le troisième né d’une famille modeste de neuf enfants. Sa mère, dont il est très proche, les élève en leur racontant des histoires et en leur lisant des romans. Malheureusement, lorsqu’il a sept ans, son frère aîné, David, âgé de treize ans, meurt d’un accident de patin à glace. Dans ces écrits, James relate les tentatives qu’il a effectué auprès de sa mère afin de remplacer ce fils chéri, allant jusqu’à se comporter et s’habiller comme lui. Après ses études, J.M. Barrie devient journaliste durant un temps, avant de se tourner vers l’écriture. Il connaît le succès en 1888, dans des récits qui s’inspirent fortement de la ville où il a grandit. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’à cette époque, il adapte ses romans en pièces de théâtre et inversement. Il épouse en 1894 une de ses actrices, Mary Ansell, mais le mariage est malheureux et conduit à un divorce. Il rencontre en 1897 Sylvia Llewelyn-Davies, mère divorcée de cinq enfants dont certains noms vous sembleront familiers : George, Jack, Peter, Michael et Nicholas. Avec eux, il retrouve son âme d’enfant, et c’est de cette rencontre que né le personnage de Peter Pan. A la mort de leur mère, quatre mois plus tard, J.M.Barrie, qui n’a pas eu d’enfant, les adopte tous les cinq.Dans sa vie d’auteur, Barrie rencontre un très fort succès. Il meurt le 19 juin 1937.

Qu’est-ce que ça raconte ? Mr. et Mme Darling, des adultes bien comme il faut, sont les parents de John, Michael et Wendy. Wendy parle très souvent à sa mère d’un jeune garçon, Peter Pan, un petit garçon plein de ressources et extrêmement prétentieux, qui ne veut pas grandir. Car, voyez-vous, chaque enfant a en lui, un pays imaginaire où il vit d’extraordinaires aventures. Cela fait sourire Mme Darling, et l’on pourrait presque tenter d’attraper le baiser qu’elle garde au coin des lèvres. Mais un jour, Peter Pan, accompagné de sa fidèle Clochette, entre dans la chambre des enfants pour récupérer l’ombre qu’il a perdu, et fini par les emmener dans le vrai Pays Imaginaire. Là-bas, Wendy devient leur mère, et ils vont, avec les enfants perdus, peu à peu oublier qui ils sont, se baigner dans le lagon aux sirènes, se battre contre les pirates et vivre (et non grandir) sous le commandement de Peter. Peter Pan est d’abord une pièce de théâtre, jouée pour la première fois en 1904 puis un roman, écrit en 1911, sous le titre « Peter et Wendy ».

Pourquoi j’ai aimé ? J’ai tout de suite été conquise par l’écriture de J.M. Barrie : il brise la distance narrative tacite qui existe d’habitude entre le narrateur et le lecteur pour se mettre au niveau de son lectorat, c’est à dire les enfants. Barrie joue avec avec nous comme le ferait un conteur : il nous induit en erreur, se trompe, se corrige, nous fait languir, nous fait des commentaires. Son écriture se rapproche à la fois de la tradition du conte et du théâtre, ce qui la rend très vivante et très fluide.

Évidemment, le monde de l’enfance et de l’imaginaire est particulièrement présents, les enfants sont des rêveurs transformés en aventuriers, les rêves deviennent des îles où ils vivront leurs aventures, peuplés de pirates, sirènes, fées et autres personnages fantastiques. Malgré cela, l’écriture est loin d’être naïve. Le livre recèle une noirceur qui dénote de l’univers merveilleux, bien qu’y étant intimement lié : la guerre et la mort sont monnaie courante au Pays Imaginaire, les enfants perdus tuent ou sont tués, ils oublient d’où ils viennent, singent malgré tout le monde des adultes. Le caractère imprévisible de Peter Pan et le personnage de Crochet accentuent cette noirceur qui est celle de la désillusion de l’adulte face au monde merveilleux de l’enfance, qu’il ne comprend plus, qu’il ne peut plus atteindre.

J’aurai beaucoup de choses à dire sur ce livre mais je ne veux pas faire d’article trop long. Je vous conseille donc juste de le découvrir par vous-même. Vous y retrouverez des personnages familiers et une histoire connue de la plupart d’entre nous, dans un roman très agréable à lire, parfois drôle et parfois émouvant. Et bien que Peter Pan soit décrit comme un gamin infernal imbu de lui-même et qui refuse de grandir, il reste malgré tout un personnage sensible et attachant, qui fait rejaillir l’enfant espiègle à la recherche de tendresse qui est en chacun d’entre nous.

Vous en voulez plus ? Je vous conseille le film de P.J Hogan Peter Pan sorti en 2003, qui est une adaptation beaucoup plus fidèle (et à mon sens, plus intéressante) à l’univers de James Matthew Barrie que celle de Disney (1953).

Source bibliographique : http://www.sirjmbarrie.com/

 

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