« Espionnage intime » est un roman de Susie Morgenstern publié chez l’École des Loisirs. 

Qu’est-ce que ça raconte ? Angélique porte bien son nom : la collégienne est bien loin de la crise d’ado qu’elle est censée faire à son âge. Bien dans sa peau, dans sa famille, ayant de bons rapports avec ses frères, ses parents, ses proches en général, elle a tout de l’ado modèle. Pourtant, lorsque sa mère se met à lire son journal intime, elle découvre que sa fille y mène une double vie bien différente ! Angélique (diabolique !) fume, boit, rencontre des hommes… Sa mère s’inquiète et ne la reconnaît plus… Jusqu’où ira-t-elle donc ? Faut-il un drame pour que la jeune fille retombe sur ses pieds ?

Qu’est-ce que j’en ai pensé ? Je ne vais pas vous mentir… j’ai trouvé ça lourd. Je ne suis pas une adepte des romans “faciles” pour les ados. Et c’est exactement l’impression que j’ai ressenti en lisant ce livre. Je ne suis pas familière de l’écriture de Susie Morgenstern mais le côté famille idéale et cette manie de présenter de manière manichéenne la “gentille” Angélique d’un côté et la “diabolique” de l’autre, l’une dans sa vie de tous les jours, l’autre dans les pages de son journal intime, m’ont franchement gavé. Mais surtout, surtout, j’ai trouvé la morale constamment présente dans le roman, à propos de la cigarette, des tenues vestimentaires, de l’adolescence, très caricaturale et pleine de bons sentiments.

Autre problème pour moi, le regard jeté sur la féminité : la mère d’Angélique nous est décrite comme une femme épanouie grâce à la maternité, qui a abandonné ses projets professionnels pour voir grandir ses enfants. Le père comme le parfait petit mari travailleur qui, plutôt que de faire la cuisine, préfère faire des compliments à sa femme qui, pourtant, cuisine si mal. Certes, pourquoi pas. Ce qui me gêne en revanche, c’est ce que cette vision, cet idéal de la famille française, aisée (blanche) plutôt que d’être décrite au lecteur comme une possibilité, un choix, un modèle parmi tant d’autres, est mis en opposition au mode de vie de la tante, femme épanouie mais célibataire, coureuse de jupons, voyageuse et sans enfant (comprenez donc, pas stable, malgré sa très bonne situation professionnelle, ses très bonnes relations familiales et sa visible joie de vivre). La fin du roman semble nous signifier que, quoi qu’il arrive, peu importe le caractère d’une femme, la finalité qu’elle doit atteindre pour être réellement heureuse, c’est d’être mariée et d’avoir des enfants. Le seul personnage qui pourrait valoir le coup dans l’histoire, c’est la grand-mère, plombière émérite, qui travaille encore malgré son âge et fréquente un homme sans être marié. Mais c’est un personnage trop peu significatif dans l’histoire pour qu’on s’y attache vraiment.

Tous les concepts abordés, que ce soit l’amitié, la sexualité, la famille… semblent tellement ancrés dans une vision limitée de la réalité adolescente qu’ils finissent par tomber à plat, voire même passer à côté du message qui aurait pu être délivré. Comment draguer le jeune homme que l’on convoite ? Message flou. La relation entre deux meilleures amies ? Prétexte d’écriture faible, entouré d’un secret tellement superficiel que l’on finit par se dire, lors de la révélation : “tout ça, pour ça ?” Pour vous donner un exemple flagrant d’incohérences qui font que, pour moi, le roman ne tient pas ses promesses narratives, la mère d’Angélique, institutrice qui fait la guerre aux fautes d’orthographe, offre à sa fille le fameux journal pour que celle-ci puisse s’entraîner à écrire et éviter de faire des fautes, elle qui a une orthographe incorrigible. A la fin du roman, la mère félicite la fille d’avoir une si bonne écriture « sans faute ». Même l’accident de voiture de la mère, qui amène à la grande discussion mère-fille tant attendue est amené de manière grossière, comme un cheveu sur la soupe (elle tombe dans le coma, on sait tout de suite qu’elle n’est pas en danger et elle finit par se réveiller, comme ça POUF ! d’un coup) pour valider cet ultime message de tolérance sirupeux.  Je veux bien que le genre du roman permette ce genre de raccourcis pour transmettre un message positif (comme cela semble être le cas ici) mais à un moment, il faut aussi arrêter de prendre les lecteurs et surtout les ados, pour des neuneus avec des raccourcis aussi simplistes.

Bref, en conclusion, c’est un roman que je déconseille fortement si l’on veut apporter à ses ados une autre vision de la famille, de la femme et de la diversité. Je l’ai trouvé brouillon et moralisateur, les ficelles d’écriture m’ont semblé tellement épaisses que je n’ai pas réussi à entrer dans l’histoire, ni à m’attacher aux protagonistes.
Je lui ai largement préféré les romans de Marie Colot (auteur belge dont je parlerais sûrement dans une prochaine chronique) qui abordent des sujets peut-être plus sombres, mais avec justesse et intelligence. Et je ne peux évidemment que vous conseiller “Qui décide, tous les soirs, d’allumer les étoiles” de Carine Bausière dont la chronique se trouve ici.

Et vous ? Vous l’avez lu ? Aimé ? Dites-moi pourquoi !

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